jeudi 7 janvier 2010

Esquisse sentimentale






Tous les deux nous marchons sur une route parallèle aux vagues
Tous les deux nous savons qu'une longue douleur nous rapproche
Nous aimons les couleurs du hasard et les lignes courbes du temps
Nous avons mis si longtemps tous les deux pour nous rencontrer
Que nous aurons besoin de plusieurs siècles pour croire en Dieu


Tous les deux simplement
Sur la route du vent
Comment croire autrement
Que nous sommes vivants


Inutile de suivre toutes les sophistications de la poésie élisabéthaine
Ne parlons pas
Des contournements et des complaisances de la psychologie urbaine


Tous les deux nous pratiquons donc
Devant les vagues et leurs embruns
Devant les jours et leurs emmerdes
L'évitement heureux du verbe aimer

Laissons les fragments les discours


Tous les deux sur cette route
Trois mots qui n'ont l'air de rien
Trois galets veinés de bleu
Nous indiquent l'essentiel







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vendredi 25 décembre 2009

—Signé Bruegel—









Le silence hivernal nous donne
Le droit de ne rien posséder
Sinon ce désir-là d'aller
D'un paysage à une image
De la nature à la peinture



Il y a un tableau que j'aime
Son silence parfait m'arrête
Et me fait exister ailleurs
Il y a la saison que j'aime
L'Hiver de Bruegel dit l'Ancien



La neige a tu les cicatrices
Les fruits charnus ont disparu
Pourtant les détails sont nombreux
Sans compter que la perspective
Fait partie de l'enchantement



C'est un lieu oublié de la géographie
Un endroit inconnu sur la carte biblique
La chasse est sombre et diagonale en direction
De la blancheur d'où naît un paysage humain



Je suis l'oiseau qui danse avec le vent je suis
L'un des cinq villageois autour du feu oblique
Ou bien l'un des marmots qui jouent à la toupie
La vieille au lourd fagot n'a pas de rhumatisme



Un arbre au premier plan et sa hauteur m'attirent
Plus loin les mouvements des patineurs m'invitent
A tracer du bonheur librement sur la glace
Comment tenir en équilibre et puis pourquoi



Rester devant cette hypothèse occidentale
Le feu a la couleur épaisse du présent
Le monde a la beauté de ce que durera
Un regard un tableau un rêve ou un silence






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mercredi 23 décembre 2009

- Signé Magritte -





Suivons d'autres chemins
Nous n'allons pas encore
Hanter les lieux communs
Changer la boue en or
La peau en parchemin

Le bonheur court si vite
Non non j'ai une idée
C'est moi qui vous invite
Nous allons regarder
Un tableau de Magritte

Quel génie Quel monsieur
Melon noir et musique
Pour l'oiseau dans les cieux
Pour la métaphysique
Le bandeau sur les yeux

Il a passé des heures
Des jours dans sa cuisine
Dans l'odeur de chou-fleur
Et de térébenthine
Préparant les couleurs

Les brosses les pinceaux
Il les a même usés
De tableau en tableau
Pour qu'un jour au musée
Le monde soit plus beau

Et plus inattendu
Que les nombreux clichés
Les paradis perdus
Les éternels couchers
De soleil au Pouldu


Maintenant nous allons
Entrer dans la peinture
En robe ou pantalon
Le nez sur la figure
Entrons dans le salon

Ceci est un miroir
Ceci est un tiroir
Ceci n'a rien à voir
Ceci est blanc et noir
Ceci n'est qu'une histoire

Et d'où vient cette pluie
Sur la terre aujourd'hui
Mais c'est Dieu c'est bien lui
Qui distribue la nuit

Et lâche
Des millions de cartes postales
D'illusions à la verticale
Qui cachent
Des millions de météorites
Toujours signées René Magritte
La vache













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lundi 21 décembre 2009

—Villanelle de Noël—


merci au talent de Jean Passerat (1534-1602)





Quelques jours avant Noël
Cette année il fait si froid
Viens danser la villanelle



Entends les sons de la vielle
Du tambour et du hautbois
Quelques jours avant Noël



La neige est toujours nouvelle
Sur la tête et sur les toits
Viens danser la villanelle



Tu me dis Ce n'est pas celle
Que chantaient les villageois
Quelques jours avant Noël



Oublie donc le temps la belle
Et viens compter jusqu'à trois
Viens danser la villanelle



Puisque rien n'est éternel
Ni la neige ni les rois
Quelques jours avant Noël
Viens danser la villanelle









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