— Conte perdu puis retrouvé —
1
Quelneuc Noyal ou Inzinzac
Tréhoranteuc ou Malensac
En entendant ces noms sévères
L'envie de me passer au cou
La corde et d'oublier beaucoup
La Bretagne aux nombreux calvaires
Et la terre et la mer sans âge
Toujours minées de paysages
Au plus lointain de l'insouciance
Sur les chemins de mon enfance
La bonté disons se montrait
Vêtue de noir ecclésiastique
Et les cailloux très granitiques
Ne blessaient que les pieds distraits
Des romanichels tous voleurs
De draps quand minuit sonnait l'heure
Alors est-ce un conte ou un songe
A l'orée du Bois des Mensonges
La rencontre d'un loup blessé
Et d'une pluie d'été surfine
Une lettre à l'encre de Chine
Fut retrouvée dans un fossé
Ou dans un meuble en bois de rose
Littérature ou bien névrose
La lettre en partie délavée
Parlait d'un coeur inachevé
D'un pur amour entre les lignes
Entre les roseaux noirs et non
D'un crime qui avait pour nom
L'illisibilité des signes
La forêt mouvante et mauvâtre
Etait un décor de théâtre
Sur la scène et son vieux parquet
-Côté privé- on remarquait
Les comédiens leurs soliloques
Se rencontrant au quotidien
Se ressemblant tant mal que bien
Comme à côté de leur époque
La lune bancale et plombée
-Côté public-allait tomber
Cependant les années passaient
Et l'enfant le roi grandissait
Dans un royaume où l'aventure
Se chevauchait à l'imparfait
Comme si rien d'autre en effet
Hormis l'odeur de pourriture
N'eut été plus réel plus vrai
Que le temps marqué par des traits
2
Il y eut plus tard un voyage
Une expédition sans bagage
L'impossible pour horizon
Comment nommer cette aventure
D'aller ensemble autant que durent
Et le langage et la raison
Je me souviens du nom d'une île
Une île noire et intranquille
Quatre années de navigation
N'ont laissé qu'un fait d'exception
On lit dans le journal de bord
Qu'un oiseau de vaste envergure
Vint s'enserrer dans la mâture
Un jour de houle et de vent fort
Sa blancheur était si étrange
Que tous nous crûmes voir un ange
Mais nos manoeuvres conjuguées
Les nombreux efforts prodigués
Bien loin de lui porter secours
L'emprisonnèrent davantage
Dans le hauban et les cordages
Comme l'amour dans un discours
Nous ne décrirons pas la lutte
Ni la cruauté de la chute
Pendant des jours des mois entiers
Nous tentâmes de nettoyer
Le sang sur le pont du navire
Que cela fût ou non écrit
Toujours nous entendions un cri
Dans les embruns et le délire
Le sel des larmes remplaçait
Le réel et ce qu'on en sait
On sait que plusieurs millénaires
Sur mer ont été nécessaires
Pour tracer infailliblement
Le détail des cartes marines
Pourtant depuis les origines
Du langage et des sentiments
Nous ne connaissons pas le tour
Et tous les contours de l'amour
La vie est peut-être un acompte
Inscrit dans la marge d'un conte
Et toi l'inconnu que sais-tu
Du malheur au parfum de soufre
Que sais-tu du rire des gouffres
Toi qui liras cet impromptu
La main posée comme un présage
Sur la moitié de ton visage
*
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