—Signé Bruegel—
Le silence hivernal nous donne
Le droit de ne rien posséder
Sinon ce désir-là d'aller
D'un paysage à une image
De la nature à la peinture
Il y a un tableau que j'aime
Son silence parfait m'arrête
Et me fait exister ailleurs
Il y a la saison que j'aime
L'Hiver de Bruegel dit l'Ancien
La neige a tu les cicatrices
Les fruits charnus ont disparu
Pourtant les détails sont nombreux
Sans compter que la perspective
Fait partie de l'enchantement
C'est un lieu oublié de la géographie
Un endroit inconnu sur la carte biblique
La chasse est sombre et diagonale en direction
De la blancheur d'où naît un paysage humain
Je suis l'oiseau qui danse avec le vent je suis
L'un des cinq villageois autour du feu oblique
Ou bien l'un des marmots qui jouent à la toupie
La vieille au lourd fagot n'a pas de rhumatisme
Un arbre au premier plan et sa hauteur m'attirent
Plus loin les mouvements des patineurs m'invitent
A tracer du bonheur librement sur la glace
Comment tenir en équilibre et puis pourquoi
Rester devant cette hypothèse occidentale
Le feu a la couleur épaisse du présent
Le monde a la beauté de ce que durera
Un regard un tableau un rêve ou un silence
*
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